les pratiques pour l'esprit...

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les pratiques pour l'esprit...

LES PRATIQUES POUR L'ESPRIT ET CELLES POUR L'ENERGIE.

La théorie taoïste préconise de développer l'énergie plus que le physique. Le corps est le support et le moyen d'expression de l'Esprit individuel, et il est important qu'il soit au mieux "de sa forme". Les gymnastiques pondérées, non traumatisantes, l'aident à développer souplesse, vivacité et habileté, les pratiques sur les souffles vitaux le redynamisent et le régénèrent.

De nombreux taoïstes, ceux des monts Wudang étant les plus célèbres hors de Chine, s'entraînent régulièrement à toutes sortes de gymnastiques et pratiquent aussi assez souvent les arts martiaux. C'est cependant les pratiques de régulation, de conduite, de concentration et de raffinage des souffles vitaux qui sont privilégiés par rapport au développement de la force, de la résistance et de mouvements purement physiques.

Une légende tenace veut que ce soit Bodhidharma qui ait introduit en Chine les premiers exercices de circulation des souffles. Ayant trouvé les moines dans un état d'asthénie physique générale, à cause d'une vie trop recluse et trop contemplative, il leur aurait enseigné un enchaînement de conduite des souffles pour renforcer l'énergie des tendons, des articulations et des muscles, et initié ainsi la pratique d'exercices visant à renforcer le corps et la santé, en association avec la discipline spirituelle. Cette méthode est encore enseignée de nos jours au monastère de Shaolin, et comprend des techniques nommées Yi Jin Jing (technique pour renforcer les tendons), Xi Sui Jing (méthode pour laver la moelle des os et purifier l'intérieur), et les 18 mains de Lohan.

Malgré tout le soin que certains mettent à propager cette légende (nous voulons dire de l'introduction pour la toute première fois, par un moine indien au 6ème siècle, d'exercices axés sur l’énergie interne), il parrait plus probable que si la Chine et plus particulièrement les taoïstes ont développés bien plus tôt (certainement plus de mille ans avant l'arrivée de Bodhidharma à Shaolin) des méthodes de raffinage des souffles vitaux, c’est peut-être en partie grâce à des apports de l’Inde dravidienne antique, alors que la pratique du yoga connaissait son apogée, mais c’est aussi et surtout parce que toutes les théories créationnistes et évolutionnistes taoïstes impliquent ce genre d’applications au quotidien, exactement comme le sont la médecine chinoise et la géomancie. Est-il besoin de citer le Tao Te King, composé vers le 5ème siècle avant JC, et ses deux célèbres vers évoquant la souplesse du nouveau-né atteinte, ou conservée, par celui qui sait rassembler et concentrer son souffle vital ? Le Jeu des cinq animaux de Hua Tuo remonte au second siècle et témoigne d'une recherche déjà séculaire sur la nature et les manifestations de l'énergie vitale, et sur les moyens de la préserver ou de la cultiver. Avant de parler des méthodes, il parait assez raisonnable d'en préciser les objectifs, comme pour toute activité où le risque encouru n'est pas seulement de perdre son temps, mais aussi sa santé et même sa raison. Les disciplines basées sur les souffles vitaux ont pour objectifs :

- Le renforcement des défenses naturelles et la préservation de la santé (prévention - harmonisation).

- Le recouvrement de la santé (thérapeutique).

- L'augmentation du Li ou énergie manifestée (recherche de puissance physique, le qi dynamisant avantageusement les chairs, les muscles et les mouvements).

- La purification de l'énergie essentielle afin de lui faire retrouver l'état originel et d'initier un nouveau cycle, débarrassé des impuretés héréditaires et acquises.

Ce cycle débute par une sorte de conception, de développement et de renaissance interne d'un soi pur, ou Enfançon, fait de pure énergie spirituelle. Le corps physique ne constitue plus alors qu'une émanation phénoménale de l'énergie de cet enfançon de lumière, qu'il peut maintenir rassemblé à volonté (l'immortalité) ou laisser se décomposer en grains de poussière (le yin pur).

- La libération de l'Esprit individuel de la prégnance du corps et des esprits vitaux des organes.

- La réalisation de l'origine et de la nature de la conscience, la fusion avec l'Esprit Unique Universel.

Les principales pratiques sont l'automassage (An Qiao), les enchaînements de mouvements et de postures (Dao Yin), la respiration contrôlée (Tai Hs'i), les visualisations, la diététique, la retraite, le jeune et la méditation. Certaines méthodes privilégient une technique, d'autres en associent plusieurs. Toutes font appel au relâchement, à la concentration, à l'écoute intérieure, à l'intention, au Chen. Certains s'étonneront certainement que des pratiques en rapport avec le mental, la conscience et même l'Esprit soient inclus dans une rubrique nommée Qi Gong (ou chi kung). Cependant, il est difficile de nier que toute manifestation a pour cause un influx énergétique, et que la conscience comme le mental sont bien, eux aussi, des phénomènes, des évènements "manifestes". Et donc que ces "formes d'évènements" sont issus de, initiés, portés et structurés par des énergies changeantes, en mouvements, dont certaines ont effectivement comme source le vide (le non-être) lui-même, et au delà l'Esprit Mystérieux y siégeant de toute éternité. Que celui qui pense que le Ciel Antérieur et le Non-Etre évoqués par Lao Tseu sont "vides" au sens littéral, et donc sans propriétés et sans influence sur le manifesté, se penche à nouveau sur les classiques anciens du taoïsme comme sur les plus modernes études des astrophysiciens. Ils expriment la même idée : Avant l'univers, il n'y avait rien, ou "autre chose". En tout cas rien de "connaissable". Mais c'est cependant bien de cet "inconnaissable" qu'est née toute la création. Et bien que la nature de l'énergie ayant initié le Big Bang soit encore un mystère pour les scientifiques (mais ils commencent, pour avancer, à se faire à la pratique taoïste de la représentation et de la terminologie analogique, tentant ainsi de cerner des causes invisibles en s'exerçant à la déduction spéculative ascendante sur les effets), il n'empêche que tous sont d'accord (classiques et (très) modernes) pour affirmer que dés l'origine, la création a bien été initiée par l'influx d'une énergie "orientée", et que cet influx en commande, en dirige et en oriente toujours le mouvement. Il nous semble donc légitime d'associer les méditations dont l'objet essentiel est l'Esprit, souvent appelées "Retour à l'Origine", à celles portant sur les énergies du Ciel Postérieur. Les énergies manifestées expriment le plan de l'énergie non manifestée, qui est l'Esprit Originel lui-même. Entre le non manifesté et le manifesté, l'énergie change d'état, mais ces deux états sont aussi liés que le sont le puits et la source cachée de son eau. L'utilité et l'usage du puits dépend de l'eau, et non le contraire. Par le puits, on peut atteindre l'eau, en la buvant, connaître son goût, en s'y immergeant, découvrir sa source. Toute méthode traditionnelle, ou nouvelle, se doit d'être strictement fidèle dans ses principes, ses formes et ses moyens à la théorie générale des énergies et des mouvements. Sinon, cela n'est pas définissable comme une pratique taoïste, mais au mieux comme un "emprunt", et, au pire, comme une simulation dangereuse. Toute technique et tout exercice doivent pouvoir être entièrement expliqués, et compris par les étudiants et pratiquants, par leurs rapports avec la théorie énergétique et la cosmogonie taoïstes (la méditation constitue un cas un peu spécial, on ne peut tout en expliquer). Toute personne qui transmet des techniques énergétiques dépassant le simple stade de la tonification matinale et de la dispersion des tensions (énergies bloquées) devrait parfaitement situer ces techniques dans la théorie générale et, à partir des éléments de cette théorie, en appréhender clairement les objectifs comme les moyens. Si une technique apparemment parfaitement maîtrisée n'est pas clairement compréhensible dans son rapport à la théorie des énergies, c'est comme faire très bien du vélo sans même comprendre comment fonctionne une bicyclette ni savoir où va la route. Il n'est pas ici question de compréhension intellectuelle ou intuitive, et celui qui transmet une technique peut très bien ne pas en expliquer tous les mécanismes énergétiques et les éléments théoriques à l'étudiant alors qu'il lui en décrit les formes et les aspects techniques, comme par exemple les postures, les respirations ou le cheminement que doit suivre le souffle. Un pratiquant peut aussi parfaitement atteindre les plus hauts niveaux de conscience et de maîtrise de ses énergies sans savoir "nommer" savamment les processus énergétiques en cours en lui, ni même les relations que ces processus entretiennent avec la création générale. Il n'en reste pas moins que ceux-ci n'échappent pas aux lois de causalité du Ciel Postérieur, et que celui qui prétend avoir connaissance de ces lois doit pouvoir en expliquer clairement les implications dans les techniques qu'il enseigne. C'est, dans le meilleur des cas (quand l'on n'a pas affaire à des faussaires ou des charlatans), ce qui différencie un bon et honnête pratiquant, transmettant tel qu'il l'a reçu ce qu'il sait être bénéfique pour lui-même, d'un Maître, qui lui est capable d'adapter les méthodes et même d'en créer de nouvelles pour répondre à des conditions spécifiques à son milieu, à son époque, ou à un élève particulier. Source : http://taoman.chez-alice.fr/french/qicong.htm

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