Penser l'été

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C'est l'été. Le temps de la plénitude. "Le coq de combat" et "Vider sa barque" Deux textes de thouang tseu.

Pour penser l'été... ................................................................................................................................................................................................................... LE COQ DE COMBAT

Ki Sing Tseu dressait un coq de combat pour le roi Siuan de Tcheou. Au bout de dix jours, le roi demande : 'Le coq est-il déjà bon pour le combat?' L'autre dit : 'Pas encore, il est vaniteux et suffisant.' Au bout de dix jours, nouvelle demande. L'autre dit : 'Pas encore, il réagit à chaque ombre, à chaque bruit.' Au bout de dix jours, le roi l'interroge à nouveau. L'autre dit : 'Toujours rien, il a encore le regard trop irrité et un air triomphateur. L’appétit de combat couve encore en lui' Dix jours passèrent et Ki déclara enfin à son seigneur : "Il est presque prêt! Quand les autres coqs chantent, cela ne fait aucune impression sur lui. En le regardant, on croirait voir un coq en bois. Ses qualités sont intégrées. Les autres coqs n'osent pas s'approcher de lui. Ils se bornent à faire demi-tour et filer.'” ………………………………………………………………………………………………………………………………………………… VIDER SA BARQUE

Le duc de Lou avait fait un long périple pour venir demander un conseil à Tchouang-tseu, le sage incomparable. Il le trouva dans une prairie, tout débraillé, jouant à la balle avec une bande d’enfants. Le taoïste aux pieds nus continua de jouer, se contentant de faire un signe au souverain pour lui indiquer qu’il ne pouvait interrompre la partie. Un jeu est chose sérieuse pour les enfants, comme chacun sait. Connaissant la réputation du sage excentrique, le souverain n’insista pas. Il s’installa avec sa suite sur des pliants que des serviteurs empressés mirent à disposition et entreprit de pique-niquer. A la fin de la partie Tchouang-tseu, tout en s’épongeant le front avec les pans de sa tunique, demanda au potentat quel était l’objet de sa visite. Le duc magnanime fit verser au sage un vin de pêche dans une timbale d’argent et lui expliqua. - Mon pays de Lou est prospère, j’y fais régner l’ordre et la justice, j’observe la morale et les rites ancestraux, et pourtant, j’entends dire que mes ministres me critiquent et que mon peuple est mécontent. Le sage huma longuement le précieux gobelet, dégusta à petites gorgées le vin de pêche en se gargarisant bruyamment le gosier, et répondit : - Si une barque vide dérive au gré des courants et se dirige sur une jonque, les bateliers, même les pires brutes, ne se fâcheront pas et feront tout pour l’éviter. Supposons maintenant que la même barque dérive avec un homme à bord. L’attitude des marins se fera différente. Même les plus débonnaires pousseront des cris, gesticuleront, et si l’homme ne répond pas, s’il est endormi, ils se mettront en colère et l’insulteront. Si jamais la barque heurte le navire, ils seront capables de sauter dedans et de flanquer une correction à son passager. Si la barque est pleine, elle attire la colère. Si elle est vide, elle ne la provoque pas. Ainsi, si vous jetez par-dessus bord votre moi, vous traverserez le fleuve de la vie sans que nul s’oppose à vous ni cherche à vous nuire. Et en guise de conclusion, sans doute inspiré par le vin de pêche, Tchouang-tseu improvisa ces vers : A celui qui n’est plus attaché à lui-même, les formes et les êtres se manifestent. Dans ses mouvements, il est comme l’eau, insaisissable. Au repos, il est comme un écho, un miroir.

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