Histoire du Qigong. Deuxième partie

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Histoire du Qigong. Deuxième partie

Histoire du Qigong. Deuxième partie

Le Qigong dans la Chine communiste et contemporaine.

Depuis la fin de l’Empire, le Qigong a connu en Chine un destin en dents de scie. Au cours de la « Grande Marche » des communistes, dans les années 30, il servit de médecine de campagne aux responsables du Parti, et fut utilisé dans les cliniques pour cadres de l’Armée de Libération. Isolé de sa partie spirituelle, inacceptable dans le contexte idéologique de l’époque, le Qigong se popularisa parmi l’élite chinoise : Dès 1953, les hauts-responsables du Parti pouvaient s’initier à la méditation dans la villégiature de Beidaihe. Des cliniques spécialisées furent ouvertes à Pékin et à Shanghai dans des institutions médicales renommées : Le Qigong, comme l’acupuncture, ouvrait la possibilité de guérir des maladies grâce à une médecine chinoise et « populaire » plutôt que la médecine occidentale, moderne et « bourgeoise ». Mao Zedong lui-même pratiqua ces techniques. Le Qigong, et d’autres branches de la médecine traditionnelle chinoise comme l’acupuncture, se popularisèrent donc.

Malgré cela, durant la Grande Révolution Culturelle, l’efficacité thérapeutique de Qigong ne suffit pas à le protéger des grandes campagnes « anti-superstition ». Le terme générique « Qigong » (au sens de « exercice énergétique ») commença alors à être utilisé de préférence aux dénominations anciennes, en raison de sa neutralité – comme nous l’avons vu précédemment, celles-ci avaient souvent de fortes connotations religieuses, « féodales, antiscience et contre-révolutionnaires » ; vers le milieu de la Révolution Culturelle, ces exercices réapparurent, pratiqués publiquement dans les parcs de Pékin. Les annales citent souvent Guo Lin, une pratiquante de Qigong de l’époque, comme initiatrice des grandes pratiques collectives. Guo Lin aurait d’ailleurs reçu l’encouragement de plusieurs dirigeants du pouvoir central dès le début de la politique d’ouverture en 1979.

Dans les années suivantes, la presse officielle publia nombre d’informations sur des phénomènes « supranormaux » liés à la pratique du Qigong : certains pratiquants passaient pour développer par leurs pratiques méditatives des capacités extrasensorielles : télépathie, vue à distance… les démonstrations publiques de « capacités particulières » se multiplièrent dans le pays. Dans certains cas, des expériences scientifiques vinrent même prouver l’existence matérielle de ces phénomènes. Un chercheur d’une unité scientifique de haut-niveau à Shanghai mesura ainsi au début des années 80 l’existence de « Qi externe » émis par certains pratiquants de Qigong.

Les validations expérimentales de certains des phénomènes du Qigong, en dépit d’exagérations dans des « shows » télévisés, créèrent un climat général favorable à la pratique et à la recherche sur le Qigong. A cette époque, il s’agissait d’une véritable révolution scientifique pour le monde chinois : ces techniques, en plus de procurer santé et longévité, semblaient pouvoir faire éclore les facultés latentes des hommes et prouver la véracité des prouesses des héros légendaires. Avec la définition du « Qi externe » comme substance matérielle, le Qigong se validait aux yeux de l’opinion publique – et du gouvernement – comme une démarche matérialiste, plus comme une « superstition féodale ». Il pouvait alors être promu comme la quintessence de la culture chinoise, un domaine d’indéniable supériorité sur l’Occident.

En quelques années, des milliers de « maîtres », d’écoles et d’organismes de recherches sur le Qigong apparurent, avec le soutien de membres haut-placés du gouvernement et de la communauté scientifique (comme par exemple Qian Xuesen, père du programme spatial chinois.). Cette tendance sociale atteignit un point culminant en 1987, après la publication des résultats d’une recherche menée à l’Université Qinghua, la plus prestigieuse faculté des sciences en Chine : il y était affirmé que le « Qi externe » émis par un célèbre maître de Qigong de l’époque pouvait « changer la structure moléculaire d’un échantillon d’eau » à plus de 2000 kilomètres de distance.

Parallèlement pourtant, le Qigong connaissait des dérives malsaines. La multiplication des écoles et des méthodes, l’idée généralement admise que les « maîtres » pouvaient guérir des maladies, même graves, avait conduit au développement des escroqueries et de la charlatanerie. Des milliers de « maîtres » autoproclamés organisaient des séances de thérapie, extorquant des sommes phénoménales d’argent aux malades. L’aspect thérapeutique du Qigong était dans ce climat la seule partie popularisée – et n’était plus qu’un moyen d’enrichissement pour des individus cupides. A titre comparatif, il suffit de se souvenir des premiers maîtres qui avaient popularisé le Qigong : ils avaient enseigné gratuitement aux gens des techniques corporelles de bien-être. Grâce à la pratique régulière de ces techniques et à l’insistance sur le De (la Vertu), les pratiquants devaient pouvoir arriver par eux-mêmes à une bonne santé. A la fin des années 80 par contre, les « maîtres » se proclamaient guérisseurs, et commençaient à construire de larges structures commerciales dans tout le pays, sanatoriums, centres de soins…

L’Etat décida donc d’intervenir pour redresser la situation : En 1987, un comité de ministres chargé de la question fut formé, et chargé de réglementer les associations. A partir de ce moment, le titre de « maître de Qigong » devint un titre officiellement donné à quelques rares professeurs dont la compétence et la droiture étaient établies.

En 1995, la critique est forte envers le monde du qi gong : culte de la personnalité, retour des superstitions féodales, abus thérapeutiques, escroqueries, pseudo maîtres. Des groupements comme le falungong prennent une importance considérable dans tous les secteurs de la société.

En 1998, le nombre de pratiquant du Falungong avait dépassé les 60 millions. Une popularité d’une telle ampleur et d’une telle rapidité est sans précédent dans toute l’Histoire. Les autorités chinoises ont assisté à une véritable « explosion », un accroissement exponentiel, jusque dans les provinces les plus reculées de Chine, de la pratique du Falungong. S’ils avaient pensé à ce moment à un mouvement politique, la répression aurait été immédiate. Mais cette « explosion » fut silencieuse : les personnes pratiquaient de la méditation, gagnaient en moralité et en santé, et ne demandaient rien. Deux enquêtes menées par le Ministère de la Sécurité Publique en 1997 et 1998 conclurent que le Falungong ne présentait pas de potentiel subversif ; l’une d’elles mentionnait même le civisme de ses pratiquants

Les tensions montaient cependant.. Dans différentes provinces, à partir de la fin de l’année 1998, les pratiquants du Falungong commencèrent à subir différentes sortes de pressions : des policiers cassaient le lecteur de cassettes servant lors de la pratique collective, on déversait des ordures sur le point de pratique, des haut-parleurs diffusaient de la musique à plein volume… il est même arrivé que les pratiquants soient dispersés avec des lances d’eau anti-émeute, ou frappés alors qu’ils méditaient. A cette époque déjà, il y avait donc répression – mais elle était encore officieuse, car aucune raison d’interdire le Falungong n’avait été trouvée.

En 1999,les manisfestations pacifistes des pratiquants et la repression du gouvernement prennent de l’ampleur jusqu'au mois de juillet 1999 qui sera marqué par une vague d’arrestation de centaines de pratiquants considérés comme responsables du falungong. Le gouvernement lance une campagne pour la suppression du falungong. Dans la foulée, tout le monde du qi gong est touché. La plupart des associations sont démantelées. L'état réglemente son propre système d'enseignement et d'administration du qi gong hygiéniste.

Aujourd'hui, l'état chinois a essayé d'écarter tous les « pseudos » qi gong des années 80 et les groupes sectaires. Le qi gong est scindé en 2 pôles, le qi gong thérapeutique enseigné et pratiqué dans les lieux de soins (cliniques et hôpitaux, sanatorium) et le qi gong hygiéniste de bien-être enseigné dans les parcs ou dans les centres sportifs. L'état réglemente la pratique et l'enseignement pour le bien-être et valorise les techniques ancestrales qui ont fait leurs preuves comme les huit pièces de brocart, le jeu des cinq animaux, le yi jin jing, le taiji santé et les 6 sons thérapeutiques.

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