Éveil et réalisation des trois vacuités

Publié le

Éveil et réalisation des trois vacuités

I. Atteindre la vacuité extérieure

Par exemple, lorsque la pensée « Mes proches me manquent » surgit, observez simplement la pensée elle-même : lorsque la pensée surgit, quelle est sa nature ? Ne vous attardez pas sur les proches eux-mêmes. Examinez plutôt l'état de votre esprit lorsque vous pensez « Ils me manquent » : quel est l'état de votre esprit lorsqu'il s'agite ? C'est la méthode pour examiner les pensées : observez la pensée, saisissez la pensée. « Que vais-je faire ? »

Dès que cette pensée surgit, saisissez-la immédiatement. Percevez et examinez quel mouvement ou quelle forme se cache en elle. Observez la nature de cette pensée vagabonde — en l'examinant, vous réalisez que la conscience est vide. Poursuivez ainsi, et vous arriverez au vide ; la pensée vagabonde disparaîtra. On dit que lorsque Bodhidharma donna la paix de l'esprit au deuxième patriarche (en fait, à cette époque, Huike n'était pas encore le deuxième patriarche), Huike se tenait immobile dans la neige profonde. Bodhidharma lui demanda : « Que m’apportes-tu là, disciple ? » À cette époque, les disciples devaient présenter des offrandes à leur maître. Huike se coupa un bras et le présenta à Bodhidharma. Bodhidharma dit : « Ton cœur est sincère. Que souhaites-tu faire avec moi ? » Ce qui signifie : que souhaites-tu apprendre ? Quelle tâche demandes-tu à ton maître d'accomplir pour toi ? Huike répondit : « Mon esprit est agité. Je demande au maître de l'apaiser. » Ce qui signifie que son esprit était rempli de distractions et ne pouvait se calmer. Bodhidharma répondit : « Alors, montre-moi ton esprit ! » Après avoir pratiqué pendant de nombreuses années, Huike a tenté de saisir son esprit, mais se rendit compte qu'il ne pouvait pas le trouver. « Très bien, dit Bodhidharma, je vais apaiser ton esprit pour toi. » À ce moment-là, Huike atteignit l'illumination. Alors qu'il cherchait son esprit à travers sa conscience, son esprit et son mental fusionnèrent ; les distractions disparurent et son esprit s'apaisa. Que s'est-il passé exactement lorsque Huike a cherché son esprit ? Beaucoup confondent ce processus avec une simple théorie. C'est incorrect ; cela repose entièrement sur l'habileté du maître. Lorsque Bodhidharma a dit : « Montre-moi ton esprit ! », Huike a cherché cet esprit. Sa conscience s'est tournée vers l'intérieur, et la conscience de Bodhidharma a suivi — c'est tout. Le deuxième patriarche s'est tourné vers l'intérieur, et Bodhidharma l'a guidé vers l'intérieur, le plaçant là afin qu'il ne puisse plus bouger. C'est cela, l'habileté. Beaucoup ne parviennent pas à saisir le mécanisme de ce Koan, se contentant de le lire. Il ne suffit pas de l'aborder de manière théorique ; même trois mille mots prononcés par des gens ordinaires ne résoudront pas le problème. Lorsque Bodhidharma interrogea Huike, la question de Huike fit tourner sa conscience vers l'intérieur, et la conscience de Bodhidharma suivit le mouvement vers l'intérieur, incorporant ainsi le Qi, la force et la conscience. C'est le processus de ce Koan. Peu de gens dans les cercles religieux actuels comprennent les circonstances réelles de ce Koan. Beaucoup se contentent d'imiter la pratique, se satisfaisant de simples discours, leur niveau de culture étant insuffisant pour résoudre le problème. Lors d'une conférence sur le Qigong, un pratiquant âgé a brandi une fleur sur scène comme une performance, présumant que cela constituait une transmission de haut niveau du cœur-esprit. Pourtant, lorsque le Bouddha a brandi la fleur, chacun de ses gestes contenait un champ de Qi, une structure spatio-temporelle. Quiconque comprenait et recevait cette structure, en ressentant son champ, trouvait son esprit en résonance avec celui du Bouddha, résolvant ainsi la question. Pourtant, cette performance n'était qu'une formalité semblable à celle d'une marionnette : tenir une fleur toute sa vie ne résout rien. Nous avons discuté de l'illumination de Huike à travers la méthode d'examen des pensées, mais ce qui importe vraiment, c'est la culture de soi. Si l'on refuse de se tourner vers l'intérieur, même un enseignant ne peut aider. Lorsque les forces obstinées à l'intérieur sont trop fortes, les briser ne mènera pas à l'éveil. Ce n'est qu'en voyageant vers l'intérieur de soi-même pour ouvrir le passage que les conseils extérieurs peuvent alors faciliter la résolution. Sinon, l'application de la force déclenche une contre-réaction. Cela explique pourquoi les conditions extérieures favorisent rarement une véritable croissance. Face à l'adversité, certains s'effondrent tandis que d'autres vont de l'avant, forgeant finalement leur caractère. Les enseigner dans des conditions artificielles signifie que vous les forcez à apprendre ; ces élèves atteignent rarement de grands sommets. Mais lorsqu'ils s'efforcent avec diligence dans l'adversité, c'est leur propre volonté d'apprendre qui les anime. Des circonstances différentes donnent lieu à des motivations différentes, et donc à des résultats différents.

Les étudiants n'ont pas besoin de s'obstiner à localiser précisément le « Yiyuanti » ; une telle fixation est futile et ne mènera qu'à se laisser piéger par les mots. Lorsque vous dites : « Maître, ce que vous expliquez diffère de ce qui est écrit dans les livres », c'est précisément cette divergence qui constitue le doute que vous devez explorer. Dans la pratique traditionnelle du Zen (Chan), on disait : « S’il n’y a pas de doutes, il n'y a pas d'illumination ; les petits doutes donnent de petites intuitions ; les grands doutes apportent un grand éveil. » Sans doutes, vous ne pouvez atteindre l'illumination. Le doute authentique, qui engendre de nombreuses questions, est un chemin vers l'éveil. Nous ne demandons pas délibérément aux étudiants de faire cela ; nous souhaitons plutôt qu'ils comprennent ceci : l'essence de l'esprit est intrinsèquement sans forme et intangible. Il n'y a pas d'autres méthodes ; l'esprit rayonne vers l'extérieur dès qu'il bouge. Chercher quelque chose à l'intérieur est futile. Son emplacement précis, la manière dont il s'interconnecte, tout cela est introuvable. Il suffit de l'attirer vers l'intérieur. Il suffit de concentrer votre intention vers l'intérieur.

Ainsi, expliquer théoriquement ce qui manque d'expérience pratique s'avère très difficile. Pourtant, notre conscience possède une qualité unique : elle est intrinsèquement sans forme et intangible. Nous vous demandons d'attirer cette essence sans forme vers l'intérieur. Lorsque vous vous concentrez vraiment, en dirigeant votre intention vers l'intérieur, elle s'unit à l'intérieur, et vous la percevrez. Certains prétendent avoir perçu le « Yiyuanti » — ce qui est totalement absurde.

Ce que vous percevez comme le « Yiyuanti » est fondamentalement erroné. Comment cela pourrait-il être correct ? Cela ne peut être défini comme correct, et l'expérience de chacun ne sera pas identique. Il suffit de dire que, lors d'une perception authentique, l'être même se transforme. Si aucune transformation ne se produit, la véritable perception est absente.

L'illumination de l'esprit ne signifie pas ressentir l'intention primordiale ; elle signifie simplement le retrait de la conscience, l'intention primordiale elle-même restant inchangée. La perception de sa vraie nature se produit lorsque l'intention primordiale subit une transformation. Ce n'est qu'après cette transformation que l'on atteint la véritable illumination, et une fois illuminé, on doit inévitablement changer.

Comment résoudre cela ? Tout d'abord, rentrez constamment votre conscience. Ensuite, étudiez les textes à plusieurs reprises. Quand cela est expliqué ici, comprenez-le ainsi ; quand cela est expliqué là, comprenez-le ainsi. Intégrez toutes les compréhensions, cela vous aidera à vous concentrer dans votre esprit.

Quand il demanda au vieux moine : « Qu'est-ce que Bouddha ? », le moine leva un seul doigt. En le regardant, son esprit se concentra et un sentiment de plénitude l'envahit : l'énergie du maître le submergea ! Il atteignit l'illumination instantanément. « C'est ça ! » À partir de ce moment-là, chaque fois que quelqu'un lui demandait ce qu'était Bouddha ou ce que signifiait l'illumination, il levait simplement un doigt. Le monde est intrinsèquement ainsi. « Bouddha » est précisément cela. Tout n'est-il pas déjà présent ? L'énergie primordiale est la même : tout est déjà là. Vous la possédez en vous, en quantité suffisante. Quand il pointe du doigt, vous la recevez simplement. « Vous le savez, et je le sais aussi. » Un jeune moine de quatorze ou quinze ans, qui livrait de l'eau, avait souvent vu cela. Quand quelqu'un venait poser des questions, lui aussi pointait du doigt. Un jour, un étudiant arriva alors que le vieux moine était absent. Il lui demanda : « Pourquoi cherchez-vous le maître ? » « Je voudrais demander au maître  ce que signifie Bouddha. » « Ah, ça. » Comme le niveau du visiteur était faible, il ne pouvait pas atteindre l'illumination. Le lendemain, lorsque le maître revint, celui qui avait posé la question lui demanda : « Est-ce que ce novice moine qui porte l'eau a aussi atteint l'illumination ? » Hier, j'ai demandé ce qu'était un Bouddha, et il m'a répondu ceci (en levant un doigt), tout comme le vôtre. » Le vieux moine répondit : « Très bien »; alors il demanda au jeune moine ce qu'était Bouddha. Le jeune moine leva immédiatement un doigt. Le moine supérieur prit un couteau et, d'un geste vif, lui coupa le doigt. « Aïe ! » Le jeune moine poussa un cri de douleur et s'enfuit en courant. « Reviens ! Halte ! Qu'est-ce qu'un Bouddha ? » Il tendit à nouveau la main. « Oh ! » Rien ! Disparu ! Parfait. Il avait atteint l'illumination. Après avoir étudié pendant des années auprès du maître, lorsqu'on lui avait demandé ce qu'était un Bouddha, il avait pointé un doigt. Ah, donc pointer un doigt, c'était Bouddha. Maintenant, pointer un doigt ne révélait plus rien. Sa conscience avait fusionné avec lui, connectée au vide. Son royaume intérieur était apaisé. Il avait atteint l'illumination.

L'illumination de l'esprit et la vision directe de sa propre nature cultivent directement la conscience. Auparavant, dépourvu de cadre de référence, il réfléchissait à cette conscience : « Où suis-je ? » En retirant sa conscience vers l'intérieur, elle disparut instantanément.

Si l'on perçoit directement la pensée elle-même dans l'essence de l'esprit comme profondément vide et dénuée de substance, cela s'appelle l'illumination de l'esprit.

L'illumination de l'esprit et la vision de sa nature sont deux niveaux distincts. L'illumination de l'esprit est le retour de la pensée à son essence même ; voir sa nature, c'est percevoir la pensée elle-même, discerner l'activité de fond dans la conscience fondamentale qui donne naissance aux pensées ordinaires. La conscience fondamentale et les pensées sont comme l'eau et les vagues. L'eau est intrinsèquement calme ; l'émergence des pensées s'apparente à la formation de vagues à sa surface. Pourtant, ces vagues restent elles-mêmes de l'eau — où pourraient-elles exister en dehors de l'eau ? Une fois que vous percevez la nature même des vagues, vous percevez également la nature de l'eau. Voir sa vraie nature signifie percevoir la pensée elle-même, et la pensée elle-même est la conscience fondamentale. Autrement dit, après avoir observé la conscience fondamentale, on perçoit sa nature inhérente ; c'est ce qu'on appelle voir sa vraie nature.

II. Atteindre la vacuité mentale

Lorsque la pratique atteint un stade avancé, on peut développer une perception holistique extraordinaire permettant de percevoir instantanément la totalité des activités vitales au sein du corps humain.  La première étape est ce que les bouddhistes d'autrefois appelaient « l'illumination de l'esprit » : reconnaître le vide de l'activité consciente, en prendre conscience, le percevoir. Par la suite, à mesure que cette faculté s'intensifie, l'esprit lui-même devient lucide et la faculté de perception se renforce. Lorsque ces deux éléments s'unissent, un phénomène indescriptible apparaît : c'est ce qu'on appelle « voir sa vraie nature ».

La faculté de perception rencontre directement l'essence même de l'esprit, saisissant sa nature holistique. Leur union commence par l'illumination de l'esprit. Certaines personnes, après avoir atteint cette illumination, réalisent immédiatement leur vraie nature. Cependant, de telles personnes n'ont peut-être jamais existé dans l'histoire. Ce que l'on appelle « l'illumination de l'esprit et la réalisation de la vraie nature » ne fait en réalité référence qu'à la première, et non à la réalisation complète. Pour percevoir sa véritable nature, une pratique plus poussée est nécessaire. Le Sutra de l’Estrade du Sixième Patriarche rapporte comment le Cinquième Patriarche Hongren, a en juger d'après les vers de Huineng, a estimé qu'il avait réalisé l'esprit et vu sa nature. Mais si Huineng avait vraiment vu la nature, pourquoi a t-il du s'enfuir ? Après avoir véritablement réalisé l'esprit et vu sa nature, on devient tellement formidable, extraordinaire, qu’on est au-delà du mal que peuvent nous faire les autres. En vérité, il avait réalisé l'esprit et progressait vers la vision de sa nature. Après avoir véritablement perçu sa véritable nature, remplir le corps d'énergie est une tout autre affaire ; cela requiert une pratique plus poussée.

En atteignant un certain stade dans la pratique consistant à retirer ses sens et à se tourner vers l'intérieur, on atteint d'abord une concentration unique, puis on entre dans une sensation particulière de « vide absolu » (où rien d'autre n'est perçu au-delà de cette sensation). À ce stade, l'activité mentale est revenue au cadre de référence de l'esprit originel lui-même (sans toutefois le pénétrer), ce qui correspond à l'ancien concept bouddhiste de « voir sa vraie nature ». Une fois que l'état d'« esprit éveillé » se manifeste, la pratique consistant à retirer les sens et à se tourner vers l'intérieur devient remarquablement simple. En effet, avant l'« esprit éveillé », cette pratique va à l'encontre des habitudes ordinaires — où l'esprit vagabonde à l'extérieur — et implique donc d'exercer une pression de l'extérieur vers l'intérieur. Après « l'illumination de l'esprit », ayant reconnu l'origine de la pensée, la concentration intérieure et l'écoute « tirent et attirent » vers l'intérieur à partir de cette source, formant un flux de conscience allant des sens vers le « centre ». Par rapport à l'état précédent, cela peut être comparé à une « pression négative », d'où la facilité d'entrée. Il convient de noter que dans la pratique, la concentration de la pensée et la focalisation intérieure se complètent souvent ; la focalisation intérieure ne suit pas nécessairement la concentration de la pensée.

La transition de la concentration sur un seul point à l'état d'« esprit éveillé » représente un changement qualitatif. Le Qigong traditionnel considère cela comme une transformation de la pratique vers le principe, passant de la méthode tangible de concentration intérieure et d'écoute au domaine de la réalisation du principe illimité et vide de la vacuité lumineuse. Deux scénarios sont possibles : le premier est une transformation progressive menant à une transformation qualitative, comme décrit précédemment. La pratique consistant à retirer et à ramener les sens est initialement guidée par une instruction consciente. Lorsque les sens de la vue et de l'ouïe sont retirés et ramenés à leurs limites extrêmes, l'ordre conscient de les retirer et de les ramener cesse d'exercer une influence sur eux. Si l'on persiste à donner d'autres ordres de retrait ou de retour, l'attention se reporte alors sur l'acte même de donner l'ordre. Cela se produit parce que l'instruction consciente de retirer et de ramener les sens fusionne avec l'acte réel de retirer et de ramener les sens. C'est l'ancien principe de l'unité de « ce qui ramène » et « ce qui est ramené ». Si l'on cesse de contracter et de ramener après avoir atteint la concentration de l'esprit, il devient extrêmement difficile d'entrer dans le domaine de « l'illumination de l'esprit ». Cependant, à ce stade, l'acte de contraction et de retour ne doit pas se fixer sur la forme ou l'intention. La fixation sur la forme ou l'intention pendant la contraction et le retour donne facilement lieu à des illusions, ce que les anciens appelaient « être possédé ». Comment alors trouver l'équilibre parfait, contracter et ramener sans s'attacher à la forme ou à l'intention ? Tout d'abord, il faut cesser d'émettre des directives conscientes pour pousser les sens de la vue et de l'ouïe à « collecter » et à « revenir ». Cela permet à ces fonctions d'entrer dans un état naturel, où les commandes ne sont plus transmises aux organes sensoriels, permettant ainsi à l'essence de la conscience de retrouver sa nature inhérente, semblable au vide. Par la suite, les directives émises par la conscience sont dirigées vers l'intérieur, vers les directives elles-mêmes. Grâce à cela, on se rend compte que la « capacité d'émettre », « ce qui est émis », la « capacité de collecter » et « ce qui est collecté » sont fondamentalement identiques, sans la moindre distinction. Ce processus représente la méthode progressive pour passer de la pratique à la compréhension.

L’autre scénario constitue la méthode soudaine. Certaines personnes dotées d'aptitudes supérieures, après avoir entendu l'enseignant expliquer que l'essence de « l'illumination de l'esprit » réside dans le retour de la conscience à l'essence même de l'esprit, reconnaissent immédiatement cet état de « vide spirituel ». Cette réalisation n'est pas obtenue par l'entraînement consistant à retirer la vue et l'ouïe, mais se produit par un éveil instantané - ce qu'on appelle « la compréhension par l’audition ». L'état de « voir et entendre à l'intérieur » ne peut être atteint par une instruction explicite, car l'habitude profondément ancrée chez l'être humain est que toute injonction émise par le Yiyuanti est dirigée vers l'extérieur, alors que l'éveil requiert l'observation du Yiyuanti lui-même. Ce n'est que lorsque le point d'émission et le moment d'émission sont contrôlés, empêchant la directive consciente de se projeter vers l'extérieur et la dirigeant plutôt vers l'intérieur, et seulement lorsque la conscience est observée au moment même de son émergence, plutôt que de s'engager dans une pensée logique ou basée sur le mouvement, que cet objectif peut être atteint. Il convient de noter que certaines personnes peuvent simultanément accéder à la « vision de leur véritable nature » en entrant dans l'état d'éveil.

L'éveil ne consiste pas à percevoir le Yiyuanti ; il s'agit simplement d'une introspection, mais le Yiyuanti lui-même n'a pas encore changé. La vision de sa véritable nature survient lorsque le Yiyuanti se transforme. Ce n'est qu'après cette transformation que l'on peut voir sa véritable nature, et une fois qu'on la voit, le changement est inévitable.

Lorsqu'on pratique l'observation et l'écoute intérieures (que ce soit en gardant le Palais du Hunyuan ou le palais de Shenji), lorsqu'on atteint un certain niveau de concentration, en se tournant vers l'intérieur, vers l'intérieur, vers l'intérieur..., on perçoit soudainement un immense vide, en particulier lorsqu'on garde le palais de Shenji. Pourtant, ce vide n'est pas dépourvu de substance. De nombreux pratiquants peuvent atteindre directement cet état pendant la concentration intérieure. Une fois que cet état se manifeste, on l'appelle « l'illumination du cœur ». Auparavant, lorsqu'on récitait « l'esprit » ou le « mécanisme » de l'énergie divine, on ressentait un mouvement intérieur ; maintenant, avec ce vide, on perçoit un néant — le simple fait d'y placer sa conscience produit cet état. Après l'illumination du cœur, il devient beaucoup plus facile de tourner son esprit vers l'intérieur. Normalement, nous poussons vers l'intérieur depuis l'extérieur. Après l'illumination, il y a un endroit à l'intérieur ; lorsque l'esprit y est placé, il tire l'extérieur depuis l'intérieur.

« Je souhaite faire l'expérience de l'intérieur. » Cette phrase ne donne pas lieu à des concepts ; tout ce que l'on souhaite expérimenter directement devient l'acte d'expérimenter l'intérieur. Ressentir ce vide est l'illumination (même si l'on ne voit pas encore sa vraie nature).

Les vénérables anciens du bouddhisme affirmaient simplement : l'illumination de l'esprit — le point d'émergence est le point de retrait ; le point de retrait est le point d'émergence ; l'émergence et le retrait ne font qu'un. Nous parlons de l'essence mentale ayant des aspects à la fois extérieurs et intérieurs, ajoutant quelques termes et concepts au-delà des anciens, mais l'essence reste la même. Si l'on ne peut pas la saisir immédiatement, il faut la pratiquer en retirant le regard et en tournant l'ouïe vers l'intérieur.

Percevoir le point lumineux n'est ni l'illumination de l'esprit ni la vision de sa vraie nature. Lorsque la conscience peut se retirer, se tourner vers l'intérieur vers le point lumineux, et le trouver complètement vide à l'intérieur, c'est l'illumination de l'esprit. Ce qui est vu de l'intérieur, c'est la vision de sa vraie nature. Sans dissoudre le point lumineux, l'illumination de l'esprit et la vision de sa vraie nature sont impossibles. C'est la pratique de l'ésotérisme bouddhiste, partagée ici à titre de référence pour les étudiants.

 

III. Réaliser la vacuité à l'intérieur

Dans le passé, on parlait du « coup soudain du bâton », un coup retentissant sur la tête accompagné d'une réprimande sévère. Quel était le but ? Il s'agissait d'une transmission du cœur-esprit. Si vous étiez frappé ici, vous sursautiez, ramenant votre conscience vers l'intérieur, loin du monde extérieur. Ensuite, le Qi se stabilisait et l'intérieur devenait totalement unifié. Mais si vous entendez un « bruit sourd » (une tape sur la table) ici, vos pensées se dispersent vers l'extérieur. Cela serait préjudiciable. Ne projetez pas vers l'extérieur, mais ramenez vers l'intérieur. Cela peut rapidement résoudre le problème. Ici, deux conditions sont essentielles : la conscience du maître doit pénétrer vers l'intérieur, et vous devez posséder la capacité fondamentale de ramener vers l'intérieur. L'« éveil soudain par une réprimande sévère » est une pratique de l'école Linji du bouddhisme Zen (Chan). Nous avons absorbé tous ces précieux enseignements ; cependant, pour qu'ils prennent effet, il faut une pratique quotidienne. Sans cette base, dès que vous bougez votre esprit, ah !, il se disperse vers l'extérieur. Cette dispersion vers l'extérieur est l'application extérieure de la conscience. Vous devez progressivement transformer votre projection habituelle vers l'extérieur en un rassemblement constant vers l'intérieur : rassemblez, rassemblez, rassemblez. Lorsque cela sera ancré, un stimulus ici pénétrera instantanément et prendra effet. Si vous avez l'habitude de projeter vers l'extérieur, cela ne fonctionnera pas. Les coups de « réveil soudain » de l'école Linji étaient la forme la plus élevée de transmission de cœur à cœur, précisément parce qu'ils craignaient que votre esprit ne soit dispersé. Le maître vous frappe une fois, et vous vous réveillez en sursaut. Il frappe à nouveau, et vous sursautez une fois de plus. Lorsque le maître frappe, vous ne pouvez pas le maudire ; vous vous réveillez simplement en sursaut et vous vous retirez. Il ne s'agit pas de « Je vais te rendre ton coup ! ». Il ne suffit pas de frapper, le coup doit avoir un but. Votre esprit n'a pas suivi. Pourtant, les anciens se contentaient de démontrer la pratique, sans jamais en articuler le principe. Ils disaient simplement que c'était la nature de Bouddha, mais qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie imprégner votre conscience par l'intention. Et si vous ne pouvez pas la recevoir ? Ce coup vous donne un choc : il est destiné à vous unifier, à aligner votre moi intérieur et votre moi extérieur. Une fois unifié, si vous pouvez vous retirer en vous-même, alors vous y êtes, dans l'instant présent. Je vous invite tous à approfondir votre compréhension de la transmission du cœur. Cultivez la pleine conscience dans tout ce que vous faites, à chaque instant. Ceux qui recherchent la transmission du cœur semblent souvent un peu dérangés : si le ciel s'assombrit, ils pensent : « Ah, le Ciel m'a donné un ciel couvert, cela ne doit pas me démoraliser, me freiner. » Aujourd'hui, il fait beau : « Oh, le ciel est clair, mon esprit doit être clair, sans aucun nuage. » Observer, parler, profiter, dériver légèrement, « La nature me donne de l'énergie » : toujours utiliser votre propre conscience pour expérimenter, constamment associer, se tourner vers l'intérieur, et sans vous en rendre compte, vous entrez. Si vous vous contentez de penser « Je veux entrer à l'intérieur », en vous efforçant « d'entrer à l'intérieur », vous n'entrerez jamais vraiment. Vous devez vous connecter à de nombreuses formes naturelles, en les reliant à vous-même de manière tout à fait naturelle. Lorsque vous organisez le champ de groupe, vous devez vous efforcer par tous les moyens d'unifier la conscience de chacune des personnes. Unifiez-la, unifiez-la, harmonisez-la. Une fois unifiée, la conscience contient moins de contradictions ; elle devient un tout intégré. Une fois véritablement intégrée, il n'y a plus de contradictions entre « vous » et « moi », ou entre « moi » et « lui » à l'intérieur. Cela permet d'économiser de l'énergie. Économiser de l'énergie apporte un qi abondant ; un qi abondant apporte du confort. Il existe une expression chinoise, « harmonieux et paisible », qui signifie serein, bienveillant, tranquille. Cela provient du flux harmonieux de l'énergie intérieure. Le but de l’organisation du champ de groupe est précisément d'obtenir cet effet. Au départ, nous insistons sur le fait que l'esprit doit être tranquille, parfaitement immobile. Ensuite, dans cette immobilité, un stimulus est introduit : une secousse isolée, comme une soudaine éclaboussure d'eau froide. Si l'on n'est pas encore capable de se replier sur soi-même, le choc et la frayeur rendent l'éclaboussure inutile ; mais si l'on reste parfaitement calme, un mouvement se produit à l'intérieur, et voilà ! Un éternuement est une action holistique. Lorsque vous éternuez, tous vos mouvements sont amplifiés dans tout votre corps. De plus, aucune action ne peut supprimer un éternuement : il balaye tout votre être. La plupart des gens libèrent leur énergie vers l'extérieur à ce moment-là. Mais si vous vous repliez sur vous-même pendant que vous éternuez, cela devient un repli holistique. En ce qui concerne les enseignements des anciens maîtres et de nombreux autres phénomènes, nous devons discerner leur essence, moderniser et articuler scientifiquement leurs principes, puis les transmettre afin que tous puissent les comprendre.

L'école Linji a mis au point la méthode la plus simple pour éveiller sa vraie nature : le « choc soudain ». Cela consiste pour le maître à vous frapper ou à vous réprimander soudainement, en vous provoquant un « choc » intérieur, une contraction soudaine vers l'intérieur, qui peut mener à l'illumination. Lorsqu'un tel choc se produit, vous pouvez percevoir la plénitude à l'intérieur de votre corps, un état d'unité complète. Ressentir cet état, c'est l'illumination elle-même. Les patriarches de l'école Linji n'ont pas réussi à clarifier cette question, car ils ont mal compris la véritable nature du « choc soudain ». Ils n'ont pas réalisé que le coup avait pour but de susciter la réalisation de soi, bien que cela nécessite une base cultivée dans la pratique quotidienne. Traditionnellement, on disait que n'importe quel mot, mouvement, geste ou action de la vie quotidienne pouvait mener à l'illumination, tout dépendait de votre capacité à saisir l'instant présent. Même les choses éphémères et fugaces peuvent servir de déclencheurs. Certains atteignent l'illumination dans la solitude : en voyant une feuille tomber, ils réalisent ; ou en voyant une rafale de vent ; en entendant un son, et soudain, ils sont éclairés. De tels cas se produisent lorsque l'on a atteint un certain niveau de pratique, en dirigeant sa conscience vers l'intérieur. Lorsqu'un événement extérieur touche cette conscience, il la met en alignement : l'élément de conscience de soi, l'élément d'attachement à soi et l'activité vitale fusionnent en un tout. Instantanément, on réalise : « Ah ! « C'est donc ainsi. » Pendant plus de mille ans, le bouddhisme Zen n'a pas réussi à articuler clairement ce point, le rendant extrêmement difficile à apprendre. On dit que le Zen ne peut être réalisé que par l'illumination, et non par les mots. Il s'agit d'une « transmission en dehors des enseignements, non établie par les mots, pointant directement vers la transmission du cœur (également appelée pointer directement vers la lune) ». En vérité, cela peut s'exprimer par écrit. Lorsque la conscience est dirigée vers l'intérieur, une force intérieure surgit. Cette force rencontre un stimulus, une secousse soudaine lorsque vous n'êtes pas préparé. Comme lorsque j'ai tapé sur la table tout à l'heure : certaines personnes ont sursauté, leur corps tout entier a réagi de manière holistique, mais sans attirer la sensation vers l'intérieur. Vous avez ressenti le mouvement à l'extérieur, pas à l'intérieur, et certainement pas le sursaut dans votre esprit. Ce mouvement se produit à plusieurs niveaux. Une secousse surprise, un mouvement complet — perçu à l'extérieur. Si l'on ressent la forme à l'intérieur, l'énergie vitale s'aligne. Si l'on perçoit à l'intérieur de la conscience, à un certain moment, cela transperce, de haut en bas — « Ah ! C'est ça, l’entièreté. » C'est l'illumination — voir sa vraie nature. Percevoir soudainement cet état de manière holistique, c'est voir sa nature, et non pas seulement voir l'esprit. C'est pourquoi l'école Linji permet d’accéder rapidement à des niveaux supérieurs. Le maître dit à certains élèves particulièrement doués : « Laissez-vous voir votre vraie nature, laissez-vous voir votre vraie nature », tandis que d'autres sont invités à étudier davantage les Koans. Lorsque l'on peut rassembler son esprit vers l'intérieur et apprendre à diriger sa conscience vers l'intérieur, une seule touche du maître suffit. C'est précisément le sens de l'éveil soudain de l'école Linji par un coup sec. On appelle cela faire apparaître son visage originel — toutes les choses superflues disparaissent, et soudain, il y a une grande clarté.

Parfois, pendant la pratique de la méditation debout ou des exercices d'immobilité, on peut soudainement sursauter, une prise de conscience soudaine se produisant. Où bien, assis la nuit, apparemment somnolent, le corps peut se raidir brusquement, accompagné d'un picotement distinct. Ce picotement émane de la conscience de soi. Parfois, pendant la pratique silencieuse, on peut ressentir un léger tremblement dans tout le corps ; cette sensation dans la conscience (et non un mouvement physique) provient de la conscience de soi. Nous devons constamment réfléchir et méditer. Lorsque vous discutez de manière informelle et que quelqu'un vous appelle soudainement « Eh, toi ! », votre réponse « Oui ! » provient de l'intérieur. Lorsque vous êtes profondément concentré sur une tâche, vous pouvez ne pas entendre l'appel initial, mais lorsque vous l'entendez, un sursaut intérieur se produit — ce sursaut signifie le réveil de l'entité consciente de soi intérieure.

Rappelez-vous l'histoire du moine Chuanzi frappant le disciple Yao Shan : au moment où Yao Shan ouvrait la bouche pour parler, Chuanzi le frappait avec un bâton, le précipitant dans la rivière. Lorsqu'il refaisait surface pour parler à nouveau, il était repoussé sous l'eau. Dès que les mots sortaient, l'erreur surgissait. Pourtant, c’est dans ce conflit — parler tout en étant repoussé dans l'eau —, qu’il comprit : « Ah, cette chose à l'intérieur ! » Le « Soi » était trouvé. Ce « Soi »est la nature même de l'illumination.

Extrait des notes de cours du Maître Pang Heming. Traduction Yves Lorand

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article