LA RESPIRATION PAR LA GORGE

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Cet article, ainsi que le précédent sur le nettoyage de la moelle, est issu de cours donnés par le professeur Pang Ming au personnel du centre Huaxia à la fin de l’année 1999. Ces deux méthodes font partie du prochain ouvrage : « Autres méthodes du Zhineng Qigong », d’environ 400 pages, à paraitre d’ici la fin de l’année.

LA RESPIRATION PAR LA GORGE

(Respiration laryngée)

Respiration laryngée : respirer en utilisant la gorge comme outil vocal, c'est-à-dire en utilisant la gorge pour émettre le son « he [1]» () avec une certaine force. La méthode spécifique consiste à faire vibrer le larynx pour produire le son « he » lorsque vous inspirez, et à faire vibrer le larynx pour produire le son « he » lorsque vous expirez. Commencez par vous entraîner bouche ouverte. Une fois que vous maîtrisez le schéma respiratoire vigoureux du son « he », vous pouvez également vous entraîner bouche fermée, surtout par temps froid ou venteux.

Aujourd'hui, nous allons parler d'une technique de respiration. Dans ce cours, quelle que soit la pratique, il faut respirer avec la gorge. Pour respirer avec la gorge, inspirez en prononçant le son « he », et expirez en prononçant également le son « he ». Ouvrez grand la bouche, inspirez en prononçant « he » et faites vibrer l'avant et l'arrière de la bouche. Expirez en prononçant « he ».Ce « he » est très important. Le bouddhisme zen Rinzai [2] parle d'un « réveil mental [3]». Au fil des années, j'ai compris ce que signifie ce « réveil », un réveil qui n'est pas qu'un réveil. Peu importe ce qu'on leur demandait, les moines répondaient simplement « he ». Si on leur demandait : « Qu'est-ce que Bouddha ? », ils répondaient : « he ». Si on leur demandait : « Quel était le but de la venue de Bodhidharma en Occident ?», ils répondaient : « he ». Ils vous hurlaient dessus comme ça. À quoi bon faire cela ? C'est une pratique. Ce « he » peut vivifier l'énergie interne et la faire entrer dans le Yiyuanti. Je ne comprenais pas cela auparavant et je n'en ai pas parlé dans mes cours de formation des enseignants, Mais ces dernières années, nous avons travaillé sur le canal central, et je me suis exercé à la prononciation (il y a un son correspondant au canal central) et à répéter le son « he ». Eh oui ! Il s'avère que dans le zen Rinzai, le son « he » n'est pas seulement un « he » ; il peut être émis directement dans le Yiyuanti.


[1]   Ce caractère se prononce approximativement « Rheuh » et a ici le sens de « cri puissant »

[2]  临济禅宗 Lín Jì Chán Zōng. La lignée Rinzai, l'une des cinq principales écoles du zen sud, s'est séparée de la lignée Hongzhou et a été fondée par le maître Rinzai Yixuan. Cette nouvelle méthode zen s'est répandue dans tout le pays grâce à la tradition monastique établie par Gigen au monastère de Linji, et a été baptisée « école Linji » par les générations suivantes. Le monastère de Linji à Zhengding est ainsi devenu le temple ancestral de l'école Linji.

[3]  当头棒喝 Dāng Tóu Bàng Hè  Dans le bouddhisme zen, lorsque les maîtres accueillent leurs disciples, ils ont souvent recours à un coup de bâton ou à un cri puissant pour les inciter à atteindre l'illumination. Cette pratique a ensuite été utilisée comme métaphore pour désigner un avertissement qui provoque une prise de conscience immédiate. On peut également utiliser les expressions « un coup de bâton sur la tête » ou « un coup en pleine figure ».

Extrait de la conférence de Pang Ming

Mais ne vous précipitez pas, vous êtes encore loin de pouvoir envoyer le son « he » dans votre Yiyuanti. Vous devrez vous y reprendre à plusieurs fois avant d’ajuster de manière correcte la prononciation du son « he ». Et je ne peux pas vous dire comment l'ajuster. Pourquoi est-ce un secret ? Si je vous le disais, vous y penseriez sans cesse et vous n'y arriveriez pas. Une fois que vous aurez répété à de nombreuses reprises le son « he » et que vous ressentirez une sensation particulière dans votre corps, différente de celle que vous ressentez habituellement, vous devriez noter vos impressions. Si je constate que vos impressions ne sont pas correctes, vous devrez continuer à émettre le son « he ». Si nécessaire,  après avoir lu vos notes, je vous expliquerai comment utiliser votre intention pour émettre le son « he » et comment diriger le flux de Qi pour que cela fonctionne. La prononciation de « he » à elle seule nécessite plusieurs variantes, ce que les anciens ne faisaient pas. C'est quelque chose que j'ai appris ces dernières années.

Les anciens disaient qu'« un cri inapproprié, c’est un cri pour rien ». Deux personnes se font face et « crient » : l'une « crie », l'autre « crie », puis la première « crie » à nouveau... L'autre peut sentir d'où vient le mouvement, d'où provient le son. Il ressent comment l'autre a émis son intention. C'est pourquoi quelques « he » suffisent à convaincre quelqu'un. En effet, chaque « he » contient une intention et une énergie. Cette intention émane de l'état fonctionnel du Yiyuanti, qui est à un niveau supérieur. Ce n'est pas quelque chose que l'on peut faire à la légère, en criant sur quelqu’un et en le battant avec un bâton. Même si vous le battez à mort, il ne s'éveillera pas. Il faut que les coups et les cris soient accompagnés de Qi, que l'état du Yiyuanti soit approprié, sinon cela ne sert à rien. Quand bien même la personne qui crie a un état d'esprit adéquat, cela ne fonctionnera que si vous l'avez aussi. Il faut que les deux soient à peu près au même niveau pour atteindre l'illumination.

C'est pourquoi il ne faut surtout pas sous-estimer la respiration par la gorge. En fait, lorsque nous prononçons le son « he » en respirant par la gorge, cela permet à l'énergie de circuler librement, et le son « he » fait vibrer la membrane interne de l'œsophage et de la trachée, ce qui fait vibrer l'estomac, l'intestin grêle et le gros intestin, et ces vibrations peuvent même atteindre l'anus ! Cependant, je n'ai pas jusqu’à présent abordé la capacité de la respiration à atteindre le Yiyuanti, car je ne l'avais jamais expérimentée auparavant. Depuis que j'ai écrit mon livre l'année dernière, dans lequel j'ai compilé des éléments sur le Hunyuan du méridien central, j'insiste sur l'importance de prononcer le son « he » pour que cela fonctionne. Il faut le répéter plusieurs fois pour le ressentir, et alors oui ! Cela va jusqu'au Yiyuanti. Dans le passé, lorsque je parlais du « coup de bâton sur la tête » de la lignée Rinzai, je parlais d'un coup, d'un cri, d'un sursaut, je parlais de l'ensemble, sans parler de l'effet vibratoire du mot « he ». Mais la nature holistique du « coup de bâton sur la tête » joue également un rôle. Lorsque l’on crie « he », le Yiyuanti le porte, et le son véhicule son état ; et quand vous êtes en harmonie, il suffit que le son vous touche pour que cela fonctionne. Maintenant, vous savez seulement « crier », mais cela ne suffit pas, cela ne fonctionnera pas sans concentration. Si votre Qi n'est pas concentré, si votre esprit n'est pas concentré, et si votre esprit et votre Qi ne sont pas en harmonie, cela ne fonctionnera pas.

Vous pouvez commencer par un son plus aigu et plus grave, mais ne vous inquiétez pas  et ne vous dites pas : « Quand est-ce que je vais enfin y arriver ? » Commencez simplement par « he ». Attention cependant à la prononciation de « he ». S'il fait trop froid, évitez de faire « he » face au vent du Nord-Ouest. Une fois que vous aurez pratiqué quelque temps, vous pourrez fermer la bouche et inspirer et expirer par le nez par temps froid. Respirer par le nez rend le son  moins précis. Si vous n'arrivez pas à prononcer « he » correctement par le nez, utilisez le mouvement d'ouverture de la gorge et du larynx avec plus de force dynamique et vous y arriverez !

Pang Ming. 29 Novembre 1999

Traduction Yves Lorand

 

 

 

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